Pour ceux qui auront réussi à dépasser le titre, c’est déjà un exploit qui me donnera l’occasion de vous féliciter et aussi de vous vous chouchouter.

Alors certes le corps, sa santé et son rassasiement est une partie importante de mon blog, mais comme dirait si bien Juvénal « Mens sana in corpore sano » ou plus basiquement – Un esprit sain dans un corps sain. Et je commence ici ma partie esprit, par la culture qui me touche, m’intéresse et m’intrigue depuis plusieurs années : la photographie. Et qui sait, peut-être arriverais-je à intriguer certains d’entre vous.

Pour la petite histoire, j’ai commencé à m’y intéresser vers l’age de 18 ans, donc finalement assez tardivement, car mon premier amour (qui reste un amour très présent) est la peinture. Par le hasard des rencontres et de l’acquisition d’un appareil compact, mon aventure a commencé assez rapidement. Et puis j’ai compris une chose assez tôt également, c’est que la technique c’est bien beau, bien intéressant, mais ça s’acquière sans trop de difficultés. En revanche… L’oeil ça se travaille autant que les biceps.
J’ai commencé donc à me prendre de passion pour l’histoire de l’art et de la photo en particulier.

"L'oeil ça se travaille autant que les biceps"

Donc je voulais vous faire part de mon BOOM affectif face à un courant très peu compris par les non-initiés mais qui vaut le coup d’être expliqué de manière très très très vulgaire. Enfin, je veux dire, je vais pas lancer des jurons dans ce post hein, je vais juste faire de la vulgarisation.

Qu'est-ce donc que ce terme pompeux de "Objectivisme allemand" ?

D’abord la découverte de la photographie (argentique du coup), je vous passe les détails assez complexes ou historiques sur l’origine de la Camera Obscura (chambre noire ancêtre de l’appareil photographique qu’on utilise aujourd’hui) et je vous conseille déjà d’aller faire un tour sur wikipedia pour les plus curieux. On va faire dans le sommaire : la première photographie a été prise par Nicéphore Nièpce au début du XIXe siècle. Par la suite, les procédés de négatifs et positifs en ont fait une réalité posée sur papier.

Ce qu’il est primordial de comprendre, c’est qu’à cette époque nous ne parlions nullement de la photographie comme un art mais plutôt comme un science. En effet, la photographie dans ses débuts était plutôt utilisée à des fins scientifiques car elle avait la capacité particulière de figer la réalité sur papier ad vitam æternam.
Autrement dit première info capitale : la photo n’était pas de l’art.
A la limite, c’était un moyen intéressant de gagner sa vie en faisant quelques portraits de familles, mais ce n’était pas encore considérer comme de l’art à proprement parler.

Mais des petits artistes malins se sont dit « Mais si finalement on utilisait ce media pour donner la preuve que même avec la captation de la réalité on pouvait en faire de l’art ? ».

Et c’est ainsi qu’est né le premier mouvement photographique artistique entre 1890 et 1914 qui fut nommé le « Pictorialisme« . Son origine vient du mot « Picture » en anglais, donc image.

Mais cette volonté particulière de faire rentrer la photographie dans l’image collective comme « artistique » a poussé ses premiers artistes comme Robert Demachy ou Edward Steichen de s’inspirer très largement des traitements picturaux que l’on obtenait à l’époque en peinture.
Évidemment, qui dit image figée à l’époque, dit peinture et qui dit peinture dit art, et qui dit art, dit artiste… Donc pour que la photographie soit perçue comme artistique il fallait qu’elle ressemble à la peinture.

Et c’est là que tout commence.

Pour ma part ça a commencé dans la bibliothèque d’un photographe dont j’admire énormément le travail, j’aurais l’occasion d’en parler lors d’un prochain article si ça vous intéresse, qui s’appelle Charles Fréger. Il avait vu à l’époque mon travail et mes influences, très patiemment, et avait écouté sans broncher tout mon baratin d’ado un peu trop sure de tout connaître. Et puis il m’avait dit en souriant « Bien, tout ce que tu aimes, c’est de la merde« . Et là il m’a ouvert son immense bibliothèque et m’a tout déballé.
J’ai découvert à ce moment là l’objectivisme allemand.

C’est le courant qui va a rebours du premier courant artistique qui était de dire « La photographie c’est de l’art, la preuve, on peut faire comme la peinture ».
Les photographes objectivistes eux ont dit « La photo c’est de la photo, c’est pas de la peinture, donc une photographie peut être un art pour ce qu’elle est et non ce qu’elle copie ». Donc l’idée était de faire des photos les plus « neutres » possibles. En somme, prendre la réalité telle qu’elle est, sous forme de répertoire, et de donner l’idée que même en étant si technique et froid, finalement, on pouvait en faire ressortir quelque chose de fort.

Le premier à avoir appliquer cette idée de répertoire est August Sander, un photographe portraitiste et reporter allemand. Son but était de faire le répertoire de la population allemande avant la seconde guerre mondiale. Il établie donc la cartographie de la société allemande de son temps (aussi dite « la république de Weimar« ). Une espèce de tableau de Mendeleiev, dans lequel chacun trouverait sa place, du paysan au magistrat, du clochard au militaire, du handicapé à l’homme politique, du saltimbanque au groom. Superbe travail, des clichés très émouvants.

Puis arrive un couple d’allemands aussi, qui a donné tout son souffle au courant : Bernd et Hilla Becher. Ce couple s’est attelé à faire le répertoire de toutes les usines et châteaux d’eaux à travers l’Europe.
Et c’est une mine d’or, car aujourd’hui toutes ces machines de guerre tendent à disparaître, à être détruites ou abandonnées. Du coup, ces clichés aussi esthétiques qu’utiles historiquement ont eu un très grand succès, encore de nos jours d’ailleurs. Si vous avez l’occasion, je vous conseille d’aller voir une de leurs expos si vous en avez la possibilité, ça vaut le détour de voir ces murs tapis de photos petites et avec des similarités assez perturbantes.

C’est aussi et surtout eux qui ont lancé le mouvement dans l’école allemande de Düsseldorf. Ils étaient les mentors de cette première formation photographique, et leur toute première promo a été quasiment toute couronnée de succès, avec de grands noms comme Andreas Gursky, Thomas Ruff, Thomas Struth, Candida Höfer, Elger Esser, etc.

Le travail des Becher a ceci d’intéressant que pour réaliser leurs clichés ils étaient capables de rester des jours entiers à attendre le parfait moment, sans compter les heures de recherches de lieux et d’usines et d’attestations nécessaires, pour prendre ces clichés.

Pourquoi attendaient-ils des heures ?

Tout simplement car la prise de position de l’objectivisme était de rendre l’objet ou la personne photographiée le plus « neutre » possible. En d’autres termes, il fallait une lumière douce, des ombres peu marquées, une construction très géométrale et aucune déformation de l’objectif ou de la réalité.

Par la suite, le mouvement n’a pas vraiment désempli, on retrouve encore beaucoup de leur inspiration dans la photographie contemporaine actuelle, que ce soit en mode, en reportage, en photographie d’art ou autre.

Si vous avez quelques exemples de photographes ou photographies qui vous rappellent ce type de photo très particulière, partagez-les avec nous !
Je suis toujours très friande de nouvelles découvertes artistiques.