Je commence cet article un peu hagarde, face comme vous le savez, aux derniers événements.
Cela fait certes un petit moment que je n’avais pas posté, mais je ne savais comment aborder ce nouvel article aux couleurs plutôt chaleureuses face à ce climat quelque peu morose.

J’ai tout de même décidé de vous faire cet article, pour deux raisons.

La première est parce que j’avais prévu de vous montrer, après plusieurs demandes de certains d’entre vous, mon travail ainsi que celui de ma société et mon associé.

Ensuite, parce que dans ces événements, mes amis et moi avons eu la tristesse d’apprendre qu’une de nos proches amies est décédée tragiquement durant ces attentats.

J’aimerais donc dédicacer particulièrement cet article à la famille, aux proches et aux amis de Lamia.

L’offrande si peu consistante de quelques mots ne saura certainement pas calmer la peine de nos proches ni même la rancoeur justifiée de notre patrie à l’encontre de ces actes étouffants, mais j’ose croire que notre souffle de vie saura faire taire leur étranglante soif de mort.

Par cet élan, je vous présente quelques images en fin d’article, fruit de notre travail commun, mon associé et moi-même et remercie tous ceux qui étaient présents lors du vernissage qui se tenait la veille de la tragédie dans notre studio photographique.

Lamia

Un événement plein de vie ponctué par un lendemain de destin amer.

La papier animé par un regard fortuné laisse place quelques instants à celui fanatique de charognes aux aléas funestes. Le papier nous a glacé le sang, vendredi 13 novembre dernier.
Une date qui portera ce soir-la bien ses oracles maudits.

Une date qui aurait pu, qui aurait dû, être aussi banale que chaque vendredi soir à Paris, en terrasse ou en concert, comme à nos habitudes parisiennes et heureuses de fin de semaine.
Une date qui aura marqué notre génération.
La notre, celle de l’insouciance, celle de la jeunesse sereine et festive.

Une date tâchée par la peur, celle de voir l’absence de réponse de nos proches. Celle de ne pas vouloir sortir de chez soi. Celle de ne pas vouloir quitter cette vie. Celle de ne pas vouloir sombrer dans la panique quotidienne.

On se réveille, la gorge encore ensuquée par les événements de la veille.
Ne pas savoir quoi faire, se demander si l’on doit sortir, continuer à vivre comme si de rien n’était, ou comme si le rien avait gagné. Et attendre, attendre des nouvelles.

C’est ce que j’ai vécu, moi-même, avec mes proches. Le lendemain des événements, je suis sortie, dans un Paris désert, vide de ce monde chaleureux. Comme si le temps devait nous accompagner dans notre peine, le ciel bas, les visages fatigués et l’angoisse des regards croisés.
Nous avions besoin de nous retrouver, comme pour conjurer le sort, comme pour comprendre que seul, chez soi, en sécurité, est pire que ensemble dehors en danger.
Nous nous sommes retrouvés, ensemble, dans un café. A attendre.
Bêtement.
Attendre des nouvelles.
Des nouvelles de nos proches, des nouvelles de celle dont on manquait. On regarde les réseaux sociaux, on parle de ces événements, on cherche à joindre les amis proches. Puis la nouvelle tombe, un samedi après-midi.

Un appel, une première amie en larmes. Les larmes se propagent aussi vite que les sourires qu’on aurait dû avoir, ce samedi après-midi.
Et là, la réalité nous heurte.
Nous sommes un samedi après-midi dans un café. Les gens parlent, les gens sourient, même s’ils sont peu nombreux.

La réalité nous heurte de plein fouet, ça aurait pu être nous, ça aurait pu être chacun d’entre nous à cette table, car nous étions accoutumés de ces endroits. Car un vendredi soir on est tous pareils, nous autres, jeune génération Y de Paris.

La réalité prend voix. Et c’est l’ami plein de larme qui hurle.
« Putain »

Qu’est-ce qui peut sortir d’autre que ce mot ? Quel autre mot donner à cette injustice, à notre désarroi et désarmement total.
Tout s’arrête un instant. Les rires des personnes au café, les discussions d’un samedi après-midi dans un café de Paris. Tout cesse, tout se fige. Les regards aussi, sur nous.
Le cœur fendu, les yeux embués de douleur… Il faut répondre.
« Désolés, désolés… Ce n’est rien. Nous venons d’apprendre une triste nouvelle suite aux événements d’hier »
Les gens sont estomaqués. Peut être pas autant que nous.
Le serveur vient nous demander si tout va bien, s’il peut nous servir quelque chose.
On tremble, on le remercie, de l’eau suffira.

Alors que dire ? Que faire ? Comment continuer ?
Lamia, une jeune fille radieuse, évidemment, comme dans tous les récits on dira « Elle était pleine de vie et pétillante ». Oui, ce qui est vrai de n’importe qui d’entre nous l’était probablement doublement d’elle.
Car elle était souriante, rayonnante, de ces âmes qui vous font dire au premier regard

« Elle a cette fragilité de l’âme qui nous donne envie de l’enlacer et la pudeur de celle de lui rendre son sourire léger »

Lamia avait notre âge, le bel âge, celui où l’on a dépassé les angoisses de la jeunesse ravagée par l’adolescence, et celui de la tempérance des projections futures.
Elle vivait, elle était attablée dans la terrasse d’un café, qu’elle savourait avec son petit ami Romain.

On imagine leurs sourires, figés à jamais par la haine de deux individus minables qui ont l’audace de croire qu’en tirant sur de pauvres gens heureux, ils ôteront toute vie du reste de leur entourage.

Car leur but est là, de nous terroriser, de nous laisser penser que nous ne pourrons jamais sortir en sécurité, que nous sommes des âmes à anéantir.

Ce que j’ai vu le lendemain de ces attaques me fait autant de mal que de bien.
Un mélange de perte et de gain.
Perdre quelqu’un de manière si cruelle et soudaine est dramatique. Mais gagner le sourire de ceux qui l’ont perdu, gagner la chaleur de la main de ceux qui voient en leurs yeux la continuité de la vie.
Propager la vie dans le regard, dans les paroles, dans les souvenirs de nos défunts.
Rien ne nous fera plus de bien que de se rappeler. Se rappeler que ces personnes riaient, souriaient. Se rappeler que ces personnes nous ont rendu heureux et qu’à notre tour, notre vie peut instiller cela.

Par chacune de nos actions nous pouvons faire vivre ces personnes.

Alors non, vous ne nous avez pas anéantis, vous avez simplement fait taire nos sourires quelques instants. Car la mort, si elle doit dépasser la vie dans vos esprits, elle a déjà dépassé cette réalité dans le notre.

Car ces personnes ne sont pas mortes, elles vivent à travers nous, et notre devoir est de continuer à les faire vivre, pour que jamais, votre faim de mort ne dévore notre vie éternelle.

A Lamia et tous nos disparus.

Vernissage

Le studio fut alimenté d’images créées en son sein et présentées au rez-de-chaussée, ces travaux ont été réalisé conjointement entre mon associé, moi-même et des équipes de stylisme/mannequins/maquilleurs etc.

La première série s’appelle « Astonishing Fruits » et visible ici.

L’idée de la série fut de mêler des fruits avec des pierres précieuses ou semi-précieuses.
J’ai eu la surprise de voir que beaucoup au départ n’y avaient pas forcément remarqué les pierres, c’était un peu la surprise de la série, mais dès que celles-ci étaient apparue comme évidentes, leur sourire s’esquissait ! J’espère qu’il en sera de même pour vous.

Ensuite, une série qui date d’une parution dans le magazine Raise notamment – qui organise d’ailleurs un jeu concours avec Puma, pour ceux ou celles intéressées, veuillez vous rendre sur ma page Facebook – qui a pour nom « Paperdoll ».
Cette série photographique met en scène des personnages posant dans des tenues de mode élaborées et dans le même esprit que les jeux de papiers auxquels nous jouions petits. Cette série est également visible sur notre Behance.

Puis, à l’étage du studio, nous présentions nos travaux respectifs.

Les photographies que je vous présente ici sont les miennes, réalisées à la fois dans certains pays étrangers comme la Corée du Sud, la Belgique ou Hong-Kong. Mais aussi d’autres images ont été réalisées pour mon blog, ou pour des projets qui me tenaient à coeur, comme les photographies de Bionic Body ou de Mange tes légumes.

Mais j’aimerais faire une parenthèse particulière pour le travail très intéressant qu’effectue mon associé Yann Philippe. En cliquant sur son nom vous aurez accès à son site.
Son travail photographique est très éloigné du mien. Sa particularité est notamment de travailler en infra-rouge. La photographie infra-rouge est une niche, peu connue, de la pratique photographique standard. Sa particularité veut que durant la prise de vue, les infra-rouges soient filtrés à l’aide de la sensibilité du boîtier et également du filtre couleur posé sur l’objectif. Les rendus sont assez surréalistes, autant qu’ils peuvent être variés. Allant des feuillages pouvant avoir une apparence de neige, à ceux d’une vision ensanglantée.

Je vous conseille, si ce type de photographie vous intrigue, de faire un tour sur la page Facebook de Yann Philippe et de ses camarades qui vous ferons une joie de vous présenter à la fois leurs travaux et ceux du groupe, mais aussi de vous conseiller et vous enseigner cette photographie particulière. Ils ont également créé un site en rapport avec cette technique.

Voici par ailleurs un aperçu rapide de l’événement de jeudi durant lequel le blog La tendresse en cuisine a eu la bonté de nous préparer un buffet digne de ce nom !